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Indépendance ?

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On me parle souvent de la liberté de travailler sous le statut « d’indépendant » –  je suis esthéticienne à mon compte. Dans ma situation, indépendant signifie que je travaille seule et qu’aussi bien auprès des clientes et que de tout le reste – gestion des commandes, préparation des documents à remettre au comptable, ménage, communication – j’agis seule.

J’ajoute toujours que la liberté est très très relative. Et parfois, trop de liberté nous conduit à ne nous en autoriser aucune. Parce que quand on est indépendant, chaque sous gagné est un sous qui s’ajoutera au chiffre d’affaire du mois, de l’année, et comme on ne sait pas de quoi demain sera fait, et bien on ne va pas refuser de prendre Mme Dubois, sous le –oh léger ! – prétexte qu’aujourd’hui on a déjà neuf heures de rendez-vous d’affilée. Le sandwich du midi restera au fond du sac et on le sortira, à vingt heures trente, pour l’apéro.

Des journées entières comme celles là, j’en rêvais il y a un an ou un an et demi, quand j’avais encore le temps de tourner en rond, de préparer mes commandes à l’avance et de faire des tableaux d’inspirations pour mes vitrines des trois prochains mois. Maintenant, évidemment je suis ravie de voir la tournure que prennent les choses et j’aime montrer à mes clientes que je suis un artisan/commerçant qui a une affaire qui marche – si vous saviez comme je déteste ces commerçants qui râlent après tout : la carte bancaire qui coûte cher, les taxes que l’on nous prélève…Ce sont souvent ceux qui sont sur la place depuis des années et qui s’en mettent plein les poches qui râlent le plus, et ça m’exaspère.

Non, en ce moment, je réfléchis plutôt à la place que prend -et que DEVRAIT prendre- le travail dans la vie. Qu’est-ce que le travail doit régir et à partir de quand faut-il dire stop. Une vie peut-elle (doit-elle?) tourner autour d’un travail, aussi passionnant, enrichissant soit-il? On me dit de réduire un peu mes heures … facile à dire mais comment ? Où grignoter du temps? Le lundi après-midi? Impossible, certaines clientes ne peuvent venir qu’à ce moment. Les soirs entre 18h30 et 20h? N’importe quoi ! Je n’ai jamais compris les instituts qui ferment à ces heures là, surtout au centre ville. Le samedi matin? N’y pensons pas… Quant au matin, ce n’est pas négociable, je ne peux pas ouvrir à midi.

Mais quand on en vient à se dire que tiens, ça pourrait être sympa d’acheter un tout grand appartement pour y installer et son habitation et son activité professionnelle pour être sur place, ou à l’inverse quand on tremble d’aller vivre à 3 kilomètres parce qu’on se dit que ça sera difficilement gérable avec mes horaires, on prend conscience que peut-être, cela prend trop d’importance.

Ah mais je crois que ça y est, on aborde le sacro-saint équilibre si difficile à trouver entre vie professionnelle et vie privée, un équilibre plus dur encore à trouver et à stabiliser lorsque l’on travaille à son compte, là où certains s’imaginent une liberté – qui n’a d’autres traits que ceux de travailler tant qu’il y a du travail parce que refuser des clients quand on a bien compris que ce sont eux qui nous font vivre, c’est un peu compliqué.

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9 Responses to “Indépendance ?”

  1. Xel0u dit :

    Je me pose la même question, tu t’en doute. Je ne suis pas à mon compte, je ne pense pas pour moi (et je n’en ai plus envie, je crois) mais je me dis de plus en plus que, même si j’ai exercé un boulot qui me passionne (tant mieux !), le travail n’est pas LA VIE. Après, je comprend aussi qu’une personne se sente épanouie dans ce qu’elle fait et que son travail soit sa fierté… Il l’était pour moi, il y a encore quelques temps. Mais je ne sais pas, travailler pour gagner des sous pour les dépenser… Mouais. Je crois que je préfère passer du temps à scrapbooker ou à marcher dans la nature… (et pourtant, il va bien falloir s’y mettre bientôt, au boulot)

    Je sens que le retour ne va pas être simple, en tout cas, il va falloir que je change certaines choses…

    • Mademoiselle Coquelicot dit :

      Ah tiens, tu fais du scrapbooking? Je ne savais pas 😉
      Ceci dit, tu dis beaucoup de choses dans lesquelles je me retrouve dans ce commentaire. Le travail n’est pas la vie, gagner des sous dans le seul but de les dépenser, le retour aux choses essentielles et gratuites … tout cela me parle beaucoup. Et j’imagine qu’après l’aventure que tu es en train de vivre, tu dois beaucoup réfléchir aussi à ces questions de vie essentielles. Je ne doute pas que ton retour sera source de changements. Mais en attendant, profite, enrichis-toi de toutes les chouettes choses que va t’offrir cette année <3

      • Xel0u dit :

        J’en faisais un peu en France mais vraiment très exceptionnellement (alors que j’ai acheté des TAS de choses dont je ne me suis jamais servi et que j’aimerai avoir sous le coude en ce moment) mais je m’y suis mise ici pour essayer de raconter au jour le jour notre voyage, sans trop oublier ce que l’on a pu faire. Je dessine un peu, même si c’est très enfantin, ça me fait du bien de poser ces choses sur le papier et d’essayer de ne pas me juger.

        Sur place, j’y réfléchis déjà beaucoup. Quand tu es sur la route, que tu vis avec des fringues pour 1 semaine et que prendre une douche, te laver les cheveux, manger et dormir au chaud (et voir des belles choses) est tout ce qui t’importe, je trouve que ça remet les choses dans le contexte. Je serai contente de retrouver mes affaires en France, mes bouquins, mes collections Disney mais ça ne me manque pas ici. Je m’endurcis aussi pas mal, je fais des choses que je n’ai jamais faites (et encore, je ne suis pas partie seule, ç’aurait été encore plus formateur, je crois), et c’est vrai que je rêve d’une autre vie. Plus simple, plus sincère, moins « chargée » et plus dans le plaisir et l’échange…

        Pfff, c’est un sacré programme !

        Je suis sûre que de ton côté, tu vas réussir à trouver un bon équilibre. Tu es déjà dans le fait de savourer les petits plaisirs du quotidien et je crois que c’est vraiment la clé du bonheur.

  2. Miss Blemish dit :

    Cet article est génial (et j’en profite pour dire un grand OUI au week-end à Strasbourg ! Cela fait des années que je rêve de visiter cette ville !) et j’ai pu acquiescer à tout et me retrouver dans beaucoup. Je ne suis pas à mon compte mais avec mes études cela viendra peut être un jour et je songe parfois à la manière de transformer ce dont j’aime tant remplir mes journées en vrai métier… Actuellement mon travail me prend un temps fou, et pour ce qui est de ma passion, écrire, créer, je ne sais pas compter et encore moins dire non. Alors quelle place donner à chaque chose, comme faire que tout n’empiète pas sur ma vie privée… ce sont des questions centrales que je n’ai pas encore tranchées. Mais le pourra-t-on seulement un jour ? N’est-ce pas le propre de l’équilibre, se modifier tout le temps ? :)

    • Mademoiselle Coquelicot dit :

      Oui, tu as raison, l’équilibre est joueur et n’aime pas trop rester en place. Mais quand même, j’y crois (aussi fort que je crois à notre weekend à Strasbourg ;)) parce qu’on ne peut pas éternellement rester sur un fil. Alors il faut s’adapter aux changements, s’organiser mais vient le jour où ça se stabilise et où tout roule, non?

  3. sofy from sxb dit :

    l’indépendance, voilà un sujet qui me parle ! on associe souvent le travail à la dépendance et une certaine liberté à l’indépendance. moi je trouve que l’indépendance est un état d’esprit de chaque instant. je m’explique : je considère que je suis indépendante quand je décide de faire quelque chose à ma manière, dans ma vie privée certes, mais aussi au boulot ! simplement aborder un dossier de la façon qui me caractérise est une forme d’indépendance. avoir ma propre opinion sur la stratégie de ma manager (ah bon, elle a une stratégie…?!!) en est une autre. etc, etc… ce thème ferait un excellent sujet en bac philo !

    • Mademoiselle Coquelicot dit :

      Oui, tu as tout à fait raison Sophie, l’indépendance se cache (et surtout, peut se développer!!) dans chacun de nos gestes! A nous de lui laisser la place que l’on veut bien lui donner :)

  4. sylvie;-) dit :

    à titre indicatif j’ai une amie qui travaille sous le statut « d’indépendante » (dans le domaine naturopathie) et sa vie s’est simplifiée depuis qu’elle a installé son cabinet chez elle.
    mais ça ne marche que parce qu’elle arrive, une fois la porte fermée, à ne plus retourner sur son lieu de travail, la proximité peut-être une arme à double tranchant 😉

    • Mademoiselle Coquelicot dit :

      Oui, tout à fait, la proximité peut-être appréciable mais elle peut aussi nous gâcher la vie si le privé empiète trop sur le personnel…tout est encore une fois question d’équilibre. Je n’exclus pas non plus de peut-être, un jour, travailler aussi un peu de chez moi, notamment pour la naturopathie, comme ton amie!

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