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« Le rendez-vous » de Justine Lévy

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Souvenez-vous, j’ai découvert Justine Lévy avec « Rien de grave« , un roman qui m’avait emporté dans un tourbillon obscur et prenant. A la fin de ma lecture, je décidais de découvrir tous les romans de l’auteur.

J’ai donc poursuivi ma découverte de Justine Lévy en lisant « le rendez-vous », son premier roman.

On retrouve toujours Louise – comme dans tous les romans de Justine Lévy – jeune femme de dix-huit ans. Elle attend sa mère dans un café. Une mère aussi belle et connue qu’absente dans la vie de sa fille. Une heure, deux heures, trois, quatre heures passent et Justine reste seule dans le café. C’est sûr, une fois de plus, sa mère – qu’elle n’a pas vu depuis un an – ne viendra pas.

Alors Justine plonge dans sa mémoire et ses souvenirs d’enfance. Les allers-retour entre deux foyers, chez un père toujours aux quatre coins du monde et une mère fantasque qui n’en n’a que faire de sa fille, toute occupée à détruire sa vie, à se détruire.

Louise se souviendra alors de sa solitude de petite fille, de l’amante de sa mère qui lui aura un jour proposé de les rejoindre dans leur bain, de l’arrestation de sa mère sous ses yeux en bas de leur immeuble, des « colis » qu’on lui demandait de porter à un monsieur sur un quai de métro ou au square, là-bas, rue des Écoles, du jour où à à peine cinq ans, sa mère l’a abandonné au square pour aller faire les boutiques, ou encore celui où elle l’a trouvé, à la maison, mourante.

Louise se souvient de tout, et aussi de cet après-midi de septembre, à sept ans, où elle est partie de chez sa mère, valise en main, à sept ans!, la quittant comme on quitte un amant, parce qu’elle avait une fois de plus, oublié de venir la chercher à l’école.

« Je m’assieds à mon petit bureau – triste, mais grave et bien décidée à me poser, cette fois, les questions fondamentales : « Pourquoi est-elle si méchante avec moi? Que lui ai-je fait? Toutes les mamans ne sont pas comme elle, je le sais; pourquoi ma maman à moi m’oublie-t-elle ainsi, en écoutant de la musique idiote? » […] Maman est sortie de son bain, drapée dans son peignoir jaune. Elle se met du noir sur les cils, debout face à son miroir. Je lui dis : « Voilà, je m’en vais. » Elle me regarde sans comprendre et me répond, en souriant : « Il y a un bon film, ce soir, à la télé, un western. Ca t’amuse? »

A sept ans, donc.

Comme « Rien de grave », « Le rendez-vous » se lit vite. Tout d’abord parce qu’il est bien écrit et parce qu’il y a dans les mots et les phrases de Justine Lévy cette espèce d’urgence à coucher sur le papier son enfance meurtrie. L’écrire vite et bien pour la laisser le plus vite possible derrière elle. C’est un texte tragique, mais en même temps lumineux. On voit que les années sont passées sur ces souvenirs, le cœur n’est plus à vif. Il a souffert mais il a cicatrisé, ce qui lui permet de raconter cette triste enfance avec un certain recul et surtout, sans pathétisme à deux balles.

Alors après avoir attendu toute la journée, Louise décide d’oublier la petite fille, pour laisser la place à la jeune femme, qui ne se rendra plus malheureuse pour un rendez-vous oublié.

 » Maintenant que tout est fini et la page tournée, maintenant qu’il ne m’arrive plus rien de toi, sinon des souvenirs en guise de tendresse et de chaleur, je voudrais que tu saches, maman, que je t’ai infiniment aimée. »

« C’est ainsi depuis le début. Encore une fois, pour la millième fois, nous avions rendez-vous et nous nous sommes manquées. Encore une fois, pour la millième fois, comme quand j’étais petite et que j’attendais la nuit et mes rêves pour te retrouver, j’ai passé ces heures à te voir et à penser à toi. Sais-tu que je t’ai plus vue, aujourd’hui, qu’en dix-huit ans? Sais-tu que j’ai été plus près de toi en t’attendant qu’en te voyant? Je t’attendrai toujours. C’est ainsi que je te retrouve. »

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One Response to “« Le rendez-vous » de Justine Lévy”

  1. sofy from sxb dit :

    je n’ai pas lu ce roman mais tu ne donnes très envie de m’y plonger.

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