Nourrir le corps et l'esprit


"Et il savait lire. Pas les livres, ça tout le monde peut, lui, ce qu'il savait lire, c'était les gens." Novecento : pianiste - Alessandro Baricco

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"Americanah" de Chimamanda Ngozi Adichie

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Un billet au hasard!

Sauf mention contraire, toutes les photos publiées sur ce blog ont été prises par moi-même, merci de ne pas les utiliser sans mon autorisation

Parures

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C’est un matin comme les autres. Vous sortez de la baignoire, trempée, vous vous brossez les dents, appliquez votre crème teintée, le produit magique -mais qui a aussi ses limites- qui va masquer vos cernes, vos boutons, la poudre. Presque sèche désormais, enroulée dans votre large et longue serviette éponge, vous vous dirigez vers la chambre où, la luminosité et le grand miroir font que c’est là que vous vous maquillerez les yeux. Cette ombre bronze irisée qui ne vous quitte plus depuis plusieurs jours (semaines?) déjà; le rayon de soleil qu’il manque dans le ciel.

Les produits pour le corps que vous utilisez depuis plusieurs jours déjà attendent sur le petit guéridon, là, entre le lit et la penderie, que vous en préleviez une noisette et, la main bien à plat sur le ventre, les hanches, les cuisses, les fesses, que vous lissiez, pétrissiez, malaxiez, faisiez pénétrer la texture fondante et raffermissante.

Le body noir sculpte votre corps et alors que vous allez passer cette jolie blouse rose pâle, qui est encore étendue sur le séchoir à linge d’ailleurs, votre regard se pose sur cette robe de printemps, ou encore celle-là, la grise, épaisse et moelleuse, pour l’hiver. Oh et ce veston noir à clous acheté il y a des années à Lausanne, et ces bottes, c’est vrai, que vous n’avez jamais vraiment portées. La faute a des mollets un peu trop forts, sûrement.

Et alors que vous pensiez vous habiller en quelques minutes, comme tous les matins, votre chambre va se transformer en backstage de défilé. Vous allez prendre cette robe, cette autre là derrière, et ce gilet, ce petit haut. Les uns après les autres, vous allez les ré-essayer, ces vêtements pas portés depuis des années pour certains. Parce qu’ils ne vous allaient plus, parce qu’ils ne vous plaisaient plus, parce qu’ils ne correspondaient plus à votre style, parce que, tout simplement.

Et vous allez faire de belles découvertes. Un peu comme le jour où vous les avez essayés pour la première fois, dans cette boutique rue de Rivoli, dans ce magasin à Lausanne par un jour froid de février, dans ce grand magasin à l’heure où vous étiez encore étudiante. Vous vous rappelez l’avoir beaucoup portée cette robe quand vous étiez à la faculté de lettres, que beaucoup de clientes vous disaient qu’elle était jolie cette robe noire au décolleté travaillé, à la caisse du supermarché où vous aimiez tant travailler.

Cela vous projette des années en arrière. Et vous vous réjouissez de toucher du bout des doigts ces tissus, intacts et ces souvenirs, ces sensations qui le sont tout autant.

Tiens, et ces bottes là, dans lesquelles je peux désormais parfaitement glisser mes mollets, affinés par bientôt une année de course à pied, sont-elles encore à la mode? Qu’importe, finalement. Il y a bien longtemps que j’ai cessé de me faire dicter le contenu de mon dressing par les magazines féminins!

Ce qui compte, c’est de se sentir bien dans ces vêtements, de se sentir belle. De sortir de chez soi en battant les pavés la tête haute. De passer devant un miroir, et de sourire à son reflet. Et peu importe que le gris souris soit LA couleur de l’année et que vous, votre truc, ça soit le gris ardoise!

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3 Responses to “Parures”

  1. Miss Blemish dit :

    Doux et poétique, tout comme j’aime :)

  2. Delphine dit :

    C’est si vrai et si joliment écrit ! Merciiii !!!!

  3. sylvie;-) dit :

    très beau texte!
    moi aussi parfois je replonge dans « l’armoire du temps »…

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